Aéroports régionaux : de l’argent public mis au service du tourisme d’affaires et des vols en jets privés
Saviez-vous qu’en France, il y a plus de 150 aéroports ? Des mastodontes parisiens qui desservent le monde, aux tout petits, qui subsistent grâce aux subventions. Mais à qui profite vraiment cet argent public ? L' »Œil du 20 Heures » a enquêté. En Avignon (Vaucluse), voici un aéroport international. Une grande piste, de nombreux équipements et une aérogare. À l’intérieur, tout fonctionne. Mais il n’y a personne. Lors de notre tournage, tout est fermé. Et quand nous tentons d’acheter un billet sur le site officiel, aucun vol n’est proposé. À la place, un message annonce la faillite de la dernière compagnie présente ici. « Tous les vols Flybe sont annulés et ne seront pas reprogrammés », nous indique-t-on. Cela dure depuis plus de deux ans.
Le tarmac d’Avignon sert donc aux ULM, aux écoles de pilotage et aux jets privés, selon des riverains opposés à l’aéroport : « (Ici) on a deux petits jets privés. Il y en a un qui est immatriculé en France. Ce ne sont pas des avions de ligne », pointe Yves-Marie Cardine, de l’association Un-Adrac.
L’un d’eux appartient à un Américain multimilliardaire, patron d’un fonds d’investissement. Ces jets privés mobilisent donc des contrôleurs aériens, des douaniers qui viennent à la demande et de l’argent public, car l’aéroport ne survit que grâce à l’État et la région. L’an dernier, selon ses comptes, il a touché 1,46 million d’euros au nom du maintien du service public. Ce qui irrite les opposants : « On demande de faire des économies, tout le temps, tous les jours, à la radio, tout le temps. Les économies, on pourrait peut-être commencer par en faire là », souligne Frédérique Boyer, de l’association Un-adrac.
Face aux critiques, la région Sud nous renvoie vers le directeur du site après notre tournage. Guillaume Desmarets, directeur de l’aéroport d’Avignon, nous assure en visioconférence que l’aéroport a bien une mission d’intérêt général. « On maintient un outil de service public qui est utile aujourd’hui à la population. Donc la lutte contre les incendies, tout ce qui est transport d’organes, mise à disposition des moyens aéronautiques pour les armées », énumère-t-il. Avignon ne nous a communiqué aucune donnée précise. Mais selon les derniers chiffres que nous avons consultés, ces vols représentaient en 2022 moins de 5 % de son activité.
Cet argument revient pourtant souvent, comme à Quimper (Finistère), en Bretagne. Il y a deux ans, faute de vols réguliers, l’aéroport est mis en faillite. Depuis, il semble abandonné, mais une société publique a été recréée. Elle va toucher près de 2,9 millions d’euros en trois ans. Et selon cette élue écologiste, qui a épluché les documents officiels, le plan des gestionnaires profitera surtout aux jets privés. « Il y a ce projet qui sort de nulle part avec une affiche claire : le tourisme d’affaires et donc l’atterrissage de jets privés, avec même un carré VIP qui est censé être créé pour l’occasion dans l’aéroport qui était un peu vétuste », indique Claire Desmares, élue écologiste au Conseil régional de Bretagne.
De fait, cette piste leur est bien utile. En analysant des données techniques, nous avons pu recenser, en un an, 306 vols de jets privés passés par Quimper. Des entreprises régionales, l’assureur Verlingue et l’industriel Bolloré, veulent même investir au capital de l’aéroport. Alors, ont-ils fait pression sur les élus pour obtenir sa réouverture ? L’aéroport refuse de répondre. La région, elle, met en avant les vols sanitaires et militaires et assume d’aider la clientèle d’affaires.
« Les élus du Conseil régional de Bretagne sont des élus responsables, qui ne subissent aucune pression. Par contre, nous savons qu’évidemment, pour pouvoir conserver des centres de décision en Bretagne, il faut avoir des infrastructures », assure Michaël Quernez, vice-président de la région Bretagne.
Nous aurions bien aimé discuter de ce sujet avec Philippe Tabarot, ministre des Transports et grand défenseur de l’aéroport d’Avignon, mais il a préféré décliner nos demandes d’interview.
Source: www.franceinfo.fr

