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Emploi : le marché florissant des faux diplômes

Dernière mise à jour: 14 octobre 20253,4 min de lectureVues: 35Par

 

Obtenir un diplôme prend souvent des années. Pourtant, sur Internet, il est possible de s’en procurer des dizaines à son nom en quelques minutes. Défauts plus vrais que nature, indétectables à l’œil nu. Sans jamais réussir un examen, certains deviennent ainsi surdiplômés et améliorent leur CV. C’est le cas d’un salarié d’une grande banque française que nous avons contacté. Il souhaite rester anonyme : « Je faisais de base un BTS assurance, que je n’ai pas eu. Mais j’avais besoin de manger. Donc, j’ai pris le relevé de notes d’un ami à moi qui l’avait eu et l’illusion était parfaite. Ensuite, j’ai commencé à avoir des entretiens et j’ai eu un job« , assume le salarié.

« Mettre le BTS permettait d’avoir un plus beau CV. Et plus le CV est beau, plus vous avez de chance d’obtenir un entretien« , ajoute-t-il. Le jeune homme gère désormais des données confidentielles de clients. Pour obtenir de faux documents, en ligne, quelques clics suffisent. Derrière ces sites, des faussaires qui affichent fièrement échantillons et grilles de tarifs. Par exemple, pour un bac ou un BTS, entre 85 et 175 euros, jusqu’à 245 euros pour un doctorat.

À l’un des vendeurs, nous prétendons être intéressés : « Bonjour, dispo pour un diplôme du bac scientifique daté de 2011 ? » Il répond : « Oui, de base c’est 140 euros. Mais si tu le prends aujourd’hui, je te le fais à 100 euros. Sans acompte. Tu payes une fois que tu as vu ton diplôme. » On continue : « Mais c’est vraiment sûr ? Oui, tu verras. Tu m’écris tes infos : prénom, nom, date de naissance et académie et je te fais ça. » Pour nous séduire, le vendeur nous envoie plusieurs vidéos, les coulisses de fabrication. En leur possession des tampons de différents rectorats, censés attester l’authenticité du document. Nous ne validerons pas la transaction.

Selon les faussaires, tous les diplômes seraient disponibles, même ceux qui permettraient de travailler dans un secteur sensible, pour devenir aide-soignant par exemple, et même éducateur de jeunes enfants. Pour reproduire ces diplômes quasi à l’identique, certains fabricants copient de vrais documents, comme ceux d’Emma Tissinier. Pendant quatre ans, sans le savoir, cette étudiante et sa licence de droit ont alimenté ce marché illégal : « Alors, ce diplôme, je l’ai obtenu en 2021. Je suis quand même contente et fière de l’avoir obtenu, donc ce n’est jamais agréable de voir qu’il finit dans une arnaque sur Snapchat. »

Après avoir posté la photo de son diplôme sur les réseaux sociaux, la jeune femme remarque que son cliché est utilisé par certains faussaires pour promouvoir leur activité. Pire, certains détails, comme les motifs en filigrane, pourraient avoir servi à fabriquer des faux. Après avoir menacé les faussaires de porter plainte, son diplôme a disparu des réseaux. « Ils montraient un vrai diplôme parce qu’eux, visiblement, en vendaient des faux. Donc après, est-ce qu’ils vendaient exactement des diplômes comme ça ? Je ne pourrais jamais le dire. Mais en tout cas, oui, ça faisait une vitrine. Et puis c’est une super vitrine parce que c’est un vrai diplôme« , estime Emma Tissinier.

Pour traquer les faux, certaines entreprises font appel à des contrôleurs. Dans la société Verifdiploma, en banlieue parisienne, 60 salariés vérifient chaque jour des centaines de profils. Pour s’assurer du vrai, ils sollicitent les archives des universités et écoles du monde entier, décortiquent les CV, quitte à examiner chaque ligne en appelant, par exemple, les anciens employeurs.

Cette année, l’entreprise a ainsi procédé à 300 000 contrôles. 10 % ont révélé de faux diplômes. « La fraude est partout et dans tous les secteurs. Qu’on ait fait un bac, qu’on ait fait un master, un doctorat, un diplôme de grande école de commerce, de grande école d’ingénieur, vous le retrouverez », assure Emmanuel Chomarat, président fondateur de Verifdiploma. Produire un faux diplôme est puni par la loi, jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende.

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